peindre


peindre

peindre [ pɛ̃dr ] v. tr. <conjug. : 52>
• 1080; lat. pingere
I
1 Couvrir, colorer avec de la peinture. Peindre un mur au badigeon ( badigeonner) , au ripolin ( ripoliner) , à la laque ( laquer) . Peindre à la chaux. Peindre en noir, en bleu. Peindre de plusieurs couleurs. barioler, peinturlurer. Peindre une façade à neuf. ravaler, repeindre. Faire peindre son appartement. « il essaya de peindre le grenier avec un reste de couleur que les peintres avaient laissé » (Flaubert). Absolt Peindre au rouleau, au pistolet, à la bombe ( bomber) .
Décorer par une peinture. « pourquoi s'irriter de penser que les grands Italiens peignaient des coffres de mariage ? » (Malraux). Le plafond de l'Opéra a été peint par Chagall.
2Vieilli ou péj. Farder, maquiller. Se peindre les paupières. « cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage » (Racine). Peindre ses ongles. vernir.
II
1Figurer au moyen de peinture, de couleurs. Peindre un numéro, une flèche sur une plaque. Absolt Peindre sur porcelaine, sur soie, sur bois.
2Représenter, reproduire par l'art de la peinture. Peindre des paysages. « comme ces femmes qui veulent, en se faisant peindre, des portraits qui ne sont point elles » (Molière).
Absolt Faire de la peinture. Peindre au pinceau, à la brosse ( brosser) . Peindre à l'huile, à l'eau. Peindre à fresque. Peindre d'après nature. « L'art de peindre n'est que l'art d'exprimer l'invisible par le visible » (Fromentin). « il possédait des talents, il peignait à l'aquarelle » (Flaubert).
Exécuter au moyen de la peinture, de couleurs. Peindre des décors, des trompe-l'œil. Faire (une peinture). Peindre un tableau, une toile. Peindre une composition abstraite.
III(1500) Fig.
1Représenter par le discours, en s'adressant plus spécialement à l'imagination. décrire, dépeindre, montrer, représenter. Peindre la société. « Corneille peint les hommes comme ils devraient être » (La Bruyère ). « Je les peignis puissants, riches, séditieux » (Racine). « Tu peindras le vin, l'amour, les femmes [...] à condition, mon bonhomme, que tu ne seras ni ivrogne, ni amant, ni mari » (Flaubert). (Sujet chose) « Ces malheurs que les romans se gardent bien de peindre, et d'ailleurs qu'ils ne peuvent pas peindre » (Stendhal). Pronom. (Réfl.) « Le sot projet qu'il [Montaigne] a de se peindre ! » (Pascal).
2Pronom. Revêtir une forme sensible; se manifester à la vue. apparaître, se refléter. « La pauvreté de cette petite maison [...] se peignait à elle sous des couleurs ravissantes » (Stendhal). « La consternation se peint sur les figures » (Loti).
⊗ HOM. Peignons :peignons (peigner).

peindre verbe transitif (latin pingere) Recouvrir une surface, un objet d'une couche de peinture : Peindre les murs en blanc. Représenter quelque chose à l'aide de peinture sur un support : Peindre un numéro sur un écriteau. Orner une surface de couleurs, de motifs avec une peinture ou une autre matière : Peindre de la porcelaine. Réaliser en peinture un tableau, y représenter quelque chose à la peinture : Il ne peint que des portraits. Décrire, représenter quelque chose ou quelqu'un, par des mots, dans un texte, un discours : Romancier qui a peint la vie à la campagne.peindre (difficultés) verbe transitif (latin pingere) Sens et conjugaison Ne pas confondre peigner = coiffer avec un peigne, et peindre = couvrir de peinture, malgré un certain nombre de formes communes aux deux verbes. Conjugaison Ne pas confondre avec peigner. → peignerpeindre (expressions) verbe transitif (latin pingere) Peindre le diable sur la muraille, en Suisse, noircir la situation, évoquer des dangers imaginaires. ● peindre (homonymes) verbe transitif (latin pingere)peindre (synonymes) verbe transitif (latin pingere) Recouvrir une surface, un objet d'une couche de peinture
Synonymes :
- peinturer (familier)
- peinturlurer (familier)
Réaliser en peinture un tableau, y représenter quelque chose à la...
Synonymes :
Décrire, représenter quelque chose ou quelqu'un, par des mots, dans un...
Synonymes :
- décrire
- dépeindre
peindre verbe intransitif Pratiquer l'activité ou l'art de la peinture : Peindre sur verre.peindre (citations) verbe intransitif Eugène Fromentin La Rochelle 1820-Saint-Maurice, commune de La Rochelle, 1876 L'art de peindre n'est que l'art d'exprimer l'invisible par le visible. Les Maîtres d'autrefois Eugène Fromentin La Rochelle 1820-Saint-Maurice, commune de La Rochelle, 1876 On dirait que l'art de peindre est depuis longtemps un secret perdu et que les derniers maîtres tout à fait expérimentés qui le pratiquèrent en ont emporté la clef avec eux. Les Maîtres d'autrefois Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 Pour tout peindre, il faut tout sentir. Premières Méditations poétiques, l'Enthousiasme Henri Matisse Le Cateau-Cambrésis 1869-Nice 1954 Si je vivais plus longtemps, je pourrais peindre. Cité par Louis Aragon dans Henri Matisse, roman Gallimardpeindre (homonymes) verbe intransitif

peindre
v. tr.
rI./r
d1./d Couvrir, recouvrir de peinture. Syn. (Québec) peinturer.
d2./d Embellir, décorer avec de la couleur. La chapelle Sixtine a été peinte par Michel-Ange.
rII./r
d1./d Dessiner, inscrire avec de la peinture. Peindre une inscription.
d2./d Représenter par des traits et des couleurs, par l'art de la peinture. Peindre un portrait.
|| (S. comp.) Elle aime peindre.
rIII/r Fig. Représenter par le discours. Peindre les passions.
|| v. Pron. Se manifester par des signes sensibles. La terreur se peignait sur ses traits.

⇒PEINDRE, verbe trans.
A. —Couvrir d'une couche de couleur, appliquer de la peinture (sur une surface, sur un objet). Peindre une maison, un mur, une porte, un plafond; faire peindre son salon; mur peint en jaune, en bleu; peint à la chaux. Le premier point était d'avoir de bonnes couches. Pécuchet en fit construire une en briques. Il peignit lui-même les châssis, et, redoutant les coups de soleil, barbouilla de craie toutes les cloches (FLAUB., Bouvard, t.1, 1880, p.30). Au Mecklembourg, au lieu de peindre comme ici les façades des maisons, ils peignent de blanc les rochers, les bornes et jusqu'aux grosses pierres (GIRAUDOUX, Siegfried et Lim., 1922, p.75). V. aussi colorier ex. 2:
1. Et vous êtes là, toute gentille, toute rose comme un crocodile, comme un monstre, devant les pyramides écroulées du Mexique, devant les hommes nus dont on a peint le coeur en bleu pour que les flèches des sacrificateurs viennent s'y enfoncer et s'y rejoignent comme les lignes du monde dans le coeur de l'artiste...
AUDIBERTI, Quoat, 1946, 1er tabl., p.30.
P. anal.
1. [L'obj. désigne le visage ou une partie du visage, les cheveux, etc.] Farder, maquiller, teindre. À sa ceinture pendait un petit sac renfermant les couleurs qui lui servaient à peindre son visage (VERNE, Enf. cap.Grant, t.1, 1868, p.128). Plusieurs grosses Juives-Américaines aux grands visages peints de toutes les couleurs de l'aurore (LARBAUD, Jaune, 1927, p.135).
Empl. réfl.
indir. Se peindre les lèvres, les yeux. Ce vieillard se peint la barbe et les cheveux (Ac. 1798-1878). Moi, je suis ferme sur Jésus-Christ. Et tout cela pour qu'on dise seulement que le souverain pontife se peint le visage (MONTHERL., Malatesta, 1946, III, 5, p.505).
[P. méton.] Se peindre. Les mauvaises langues font beaucoup d'histoires sur Mme de la Poeze et le ténor Caporal. Elle se peint terriblement depuis quelque temps, mais le mal est général aujourd'hui (MÉRIMÉE, Lettres ctesse de Montijo, t.2, 1868, p.343).
2. Littér. [Le suj. désigne un objet ou un phénomène naturel] Colorer, teinter. La Lune, dans le ciel, qui commence à blanchir (...) de la nuit argentant les rideaux, De ses pâles clartés peint tes tranquilles eaux (CHÊNEDOLLÉ, Génie homme, 1807, p.48). Des pommes que l'automne a peintes Aux plus riches couleurs, La plus charmante a des gauleurs Évité les atteintes (TOULET, Vers inéd., 1920, p.163).
Empl. pronom. Revêtir (une couleur). Le fluide azuré se peignoit de leurs couleurs changeantes (CHATEAUBR., Voy. Amér. et Ital., t.1, 1827, p.108). Sans flamme et presque sans chaleur, le bois semblait se peindre d'une couleur rouge, puis il s'émiettait et tombait en cendre morte (GIONO, Gd troupeau, 1931, p.191).
B. —1. Figurer quelque chose en utilisant de la peinture. Peindre des chiffres, des lettres. Il avait fait peindre, au fond de son tub, des herbes, des feuilles mortes, des branches cassées, pour se donner l'illusion de se baigner «dans l'onde pure d'un ruisseau» (RENARD, Journal, 1893, p.176). Une autre manière d'employer la nacre est la suivante. Un objet quelconque est recouvert de vernis noir ou bronzé. Lorsqu'il est sec, on peint par-dessus un motif avec des couleurs à l'huile ou au bronze (ROUSSET, Trav. pts matér., 1928, p.170).
P. méton. Représenter symboliquement (une chose concrète ou abstraite) par des signes peints. Une seconde cause de confusion fut les figures matérielles elles-mêmes, par lesquelles on peignit d'abord les pensées, et qui, sous le nom d'hiéroglyphes ou caractères sacrés, furent la première invention de l'esprit (VOLNEY, Ruines, 1791, p.241). [Les] traits continus par lesquels ces points de repère peuvent être reliés, et qui servent à peindre le cours des rivières, les sinuosités des côtes, la configuration des montagnes (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p.293).
Vx. Former des lettres, des caractères; écrire. Il peint bien, il peint mal (Ac. 1798-1878). Le surnuméraire copiait et recopiait le fameux mémoire (...). Animé par sa participation mécanique à cette grande idée, l'enfant de vingt ans (...) mettait sa gloire à peindre les écritures, éléments d'une si noble entreprise (BALZAC, Employés, 1837, p.71). J'ai une écriture (...) illisible. On disait dans les classes de lettres: «Il n'y a que les imbéciles qui peignent bien»; on promettait le prix de calligraphie au plus bête (VALLÈS, J. Vingtras, Bachel., 1881, p.361).
2. BEAUX-ARTS
a) Représenter quelqu'un ou quelque chose par la peinture, en recherchant un effet esthétique, l'expression d'une vision personnelle. Peindre des fleurs, des paysages, des intérieurs, des personnages; faire peindre qqn; se faire peindre. J'étais peint à tous les âges et tantôt au pastel, tantôt à l'huile, tantôt en miniature, d'époque en époque et presque d'année en année, depuis l'âge de cinq ans jusqu'à vingt (VIGNY, Mém. inéd., 1863, p.13). Ce colosse rustique est un artiste recherché, car il peint les femmes du monde, et du monde le meilleur, d'un pinceau négligent, insolent, habile et même audacieux (DUHAMEL, Nuit St-Jean, 1935, p.152). Dans ses oeuvres de jeunesse, Cézanne cherchait à peindre l'expression d'abord, et c'est pourquoi il la manquait. Il a appris peu à peu que l'expression est le langage de la chose elle-même et naît de sa configuration (MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p.372):
2. Ces trois génies [Rembrandt, Jérôme Bosch et Le Greco] ont peint ce qu'ils ont vu, mais voir, pour eux, c'était dégager de la lourde et multiforme apparence des éléments de même famille, des éclairs dirigés dans un seul sens. Voir, donc, c'est transformer le réel.
LHOTE, Peint. d'abord, 1942, p.87.
En empl. abs. Pratiquer l'art de la peinture. Peindre à l'huile, à l'aquarelle, à la gouache; peindre à fresque; peindre sur bois, sur toile; peindre d'après nature; peindre à pleine couleur, en pleine pâte. Gros avait appris aux jeunes à composer et à peindre par masses, à soumettre le dessin à la lumière, à employer les tons vifs largement étalés, à dégager le pathétique et la grandeur des spectacles contemporains (L. HAUTECOEUR, Art sous Révol. et Emp., 1954, p.94):
3. Comme Renoir qu'il faut toujours rappeler pour célébrer la joie de peindre, Vlaminck proclame: «Peindre, c'est faire l'amour». Il est l'initiateur, il entraîne par l'exemple et par sa chaleur des recrues en apparence réfractaires, comme Matisse, au nom de l'instinct et de Vincent Van Gogh.
Arts et litt., 1936, p.18-9.
Loc., vx
(Être) à peindre, (être) fait à peindre. (Être) beau, bien fait. Celui-là, nous l'aimons tous. C'est un joli garçon, bien tourné, fait à peindre, bel homme en uniforme, jeune (COURIER, Pamphlets pol., Lettres partic. 2, 1820, p.69).
À peindre. Fort bien, à merveille. Voilà un habit qui vous va à peindre (Ac. 1798).
Être à peindre. Être dans une situation, une posture, un accoutrement ridicule. «(...) Ma chère, il étoit impossible d'y tenir; vous étiez à peindre.» Elle se mit de nouveau à rire (FIÉVÉE, Dot Suzette, 1798, p.123). Son mari était à peindre: il ressemblait à un certain ventriloque qui savait rire d'un côté et pleurer de l'autre (BRILLAT-SAV., Physiol. goût, 1825, p.153).
Achever de peindre. Compléter le tableau; mettre le comble à une situation difficile ou malheureuse. —Voulez-vous que je vous fasse du feu? —Si vous voulez, dit-elle. Voyons, (...) où (...)? Au milieu de ces copeaux, c'est impossible; nous aurions un incendie pour nous achever de peindre (FEUILLET, Camors, 1867, p.161).
b) P. méton.
[L'obj. désigne le support] Orner avec des motifs peints. Peindre un plafond. Le chantre [du monastère] fournissait aux moines qui écrivaient et peignaient les manuscrits tous les objets dont ils avaient besoin (LENOIR, Archit. monast., 1856, p.375). Il nous parle de la proposition qu'il a faite jadis à M. Cavé, de lui peindre les quatre murs d'une mairie en y faisant figurer les actes de la vie civile: la naissance, la conscription, le mariage et la mort (GONCOURT, Journal, 1866, p.266).
[L'obj. désigne la composition à réaliser] Exécuter au moyen de peinture. Peindre une nature morte, des décors. Il a imaginé de décorer son salon de marines peintes à fresque (des marines en vue de la mer!) (FLAUB., Corresp., 1853, p.310). Son tableau est peint à grandes touches, sans préciosités ni tapotages (HUYSMANS, Art mod., 1883, p.37). Mon portrait et celui de mon fils aîné, peints par Jacques-Émile Blanche, ont perdu leur caractère moderne et sont déjà de vieux portraits de famille (MAURIAC, Journal 1, 1934, p.67).
[Le compl. d'obj. dir. précédé de l'art. déf. désigne le genre pratiqué par l'artiste, sa spécialité] Peindre l'histoire, le paysage. Il répondit: —Monsieur, si je peignais le portrait, je n'aurais pas fait celui-ci (BALZAC, Bourse, 1832, p.418).
C.Au fig.
1. [Le suj. désigne une pers.] Représenter, évoquer quelque chose ou quelqu'un par un moyen d'expression autre que la peinture (paroles, musique, gestes), d'une manière qui frappe l'imagination et donne le sentiment du vrai. Vous dire tout cela, mon ami, ce serait vous exprimer l'ineffable, vous montrer l'invisible, vous peindre l'infini (HUGO, Rhin, 1842, p.166). Dans ce morceau terrible [l'air de Pizarre dans «Fidelio» de Beethoven], la joie féroce d'un scélérat (...) est peinte avec la plus effrayante vérité (BERLIOZ, À travers chants, 1862, p.76). Une des prétentions de Proust est de n'avoir voulu peindre ses héros que dans l'unicité de leur personne, de n'avoir jamais exercé cette activité proprement intellectuelle qui s'applique délibérément à les faire rentrer dans des classes, à en faire des types (BENDA, Fr. byz., 1945, p.65):
4. On comprend qu'il est difficile de peindre les actions. Au vrai la seule peinture des actions est la danse, et l'on découvre bientôt en toute danse une recherche de l'immobile dans le mouvement, ce qui est la loi de la danse.
ALAIN, Propos, 1923, p.466.
SYNT. Peindre des personnages, des caractères; peindre les moeurs, les vices, la société; peindre une situation; peindre son temps; peindre la vie, la réalité, le réel, la vérité; peindre par un geste, par un signe, par le dialogue, par des mots, par les sons; peindre en beau, en laid; peindre de, avec de vraies, fausses, vives couleurs.
Peindre sous des couleurs + adj. Les larmes aux yeux, il lui peint, sous les plus vives couleurs, la honte qu'une pareille usurpation va faire rejaillir sur leur famille (COTTIN, Mathilde, t.1, 1805, p.113). [Dante] avait pensé, en décrivant l'enfer, le purgatoire, et le ciel, peindre, sous des couleurs allégoriques, les trois qualités, les trois manières d'être, de l'humanité (OZANAM, Philos. Dante, 1838, p.214).
Locutions
Peindre + adj., vx ou littér. Des nymphes et des satyres chantent dans une grotte qu'il faut peindre bien romantique, pittoresque (CHÉNIER, Bucoliques, 1794, p.251). Je ne me crois d'autre génie, garant de mon mérite, que de peindre ressemblante la nature qui m'apparaît si clairement en de certains moments (STENDHAL, H. Brulard, 1836, p.276). V. aussi infra empl. réfl. ex. de Gide.
Peindre comme + subst. Elle me parut fort mécontente de Lamontette, qu'elle me peignit comme un homme dangereux (RESTIF DE LA BRET., M. Nicolas, 1796, p.142). Il est si avantageux de nous peindre comme défenseurs de «la laïque»! (GIDE, Corresp. [avec Claudel], 1912, p.189).
En empl. abs.:
5. Montaigne a eu, plus qu'aucun peut-être, ce don d'exprimer et de peindre; son style est une figure perpétuelle, et à chaque pas renouvelée; on n'y reçoit les idées qu'en images; et on les a, à chaque moment, sous des images différentes, faciles et transparentes pourtant.
SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t.2, 1842, p.442.
En empl. réfl.
dir. Se dépeindre; révéler, consciemment ou non, son propre caractère en s'exprimant. J'oserai tout dire, puisque encore une fois je n'écris pas ceci pour me peindre en beau, mais pour me montrer (BOURGET, Disciple, 1889, p.124). J'avais quelque lecture et ne voudrais pas me peindre par trop niais (GIDE, Si le grain, 1924, p.484). Louis Racine (...) dénonce le préjugé de ceux qui s'imaginent qu'un auteur se peint dans son ouvrage (MAURIAC, Vie Racine, 1928, p.75).
indir. Se représenter quelque chose par l'imagination. On se peindrait difficilement la masse et la nature de nos sentiments, dans ce moment décisif où s'accumulaient en foule tant de violences, d'injustices et d'ouvrages! (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t.1, 1823, p.49).
2. [Le suj. désigne un mode d'expression, un aspect du comportement] Traduire, exprimer, rendre d'une façon manifeste et frappante. Ce plain-chant du Moyen Âge doit être distingué de celui plus récent qui peint très bien les objets. Le primitif ne peint pas les objets, il fait pénétrer au centre de la chose en soi (BARRÈS, Cahiers, t.6, 1907, p.7). Tout cela de cette grande écriture raide, hautaine, qui peint si mal, n'en déplaise aux graphologues, le caractère de mon père (DUHAMEL, Notaire Havre, 1933, p.18):
6. Le style familier de la conversation fournit une expression qui peut peindre ce garçon en deux mots: il était cassant et pointu. Sa voix fêlée s'harmoniait à l'aigreur de sa face, à son air grêle, et à la couleur indécise de son oeil de pie.
BALZAC, Illus. perdues, 1843, p.581.
3. Empl. pronom. Apparaître de manière sensible.
a) [Le suj. désigne un obj. concr. ou son image] Se dessiner, se profiler, se refléter. Il regarde à ses pieds, dans le liquide azur Du fleuve qui s'étend comme lui calme et pur, Se peindre les coteaux, les toits et les feuillages (CHÉNIER, Élégies, 1794, p.151). Une fois à Combray, dans la carriole du Dr Percepied, d'où j'avais vu se peindre sur le couchant les clochers de Martinville (PROUST, Germantes 2, 1921, p.548). Quand je regarde un objet, il n'y a pas d'un côté le corps, ensuite l'image rétinienne, enfin l'image corrigée qui se peindrait dans quelque endroit du cerveau (WARCOLLIER, Télépathie, 1921, p.35).
b) [Le suj. désigne un état, un phénomène mor.] Se manifester, se révéler d'une manière frappante. À l'effroi qui se peignit dans les yeux de la jeune fille, (...) on pouvait reconnaître la dernière lutte du doute contre la conviction (DUMAS père, Monte-Cristo, t.2, 1846, p.558). Il faut voir les visages où tout se peint, et les regards. Des yeux d'homme, Sabiroux! On a toujours à dire là-dessus (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p.257).
Au part. passé. La gaieté était peinte sur le visage de tous les matelots; ils paraissaient mieux portans et mille fois plus heureux que le jour de notre sortie de Brest (Voy. La Pérouse, t.2, 1797, p.69).
Prononc. et Orth.:[], (il) peint []. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1100 «orner, pourvoir de motifs décoratifs à l'aide d'une matière colorante» (Roland, éd. J. Bédier, 1810: E cil escuz, ki ben sunt peinz a flurs); ca 1140 (Voyage de Charlemagne, éd. G. Favati, 113: Entrat en un muster de marbre peint a volte); ca 1140 (WACE, St Nicolas, 347 ds T.-L.; Ymages peintes äourent); ca 1165 escuz peinz a verniz; escu peint a color (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, 10836; 21078, ibid.); 1690 toile peinte (FUR., s.v. toile); 1834 papier peint (LAND., s.v. papier); b) p.ext. 1525-33 en parlant de ce qui est coloré, bigarré oyselletz painctz de couleurs estranges (Cl. MAROT, Elégies, I, 121 ds OEuvres, éd. C.A. Mayer, t.3, 215), cf. 1565 (BELLEAU, Bergerie, Complainte II, 28 ds HUG.: ... humbles zephyrs... Portez soudain dessus vos ailes peintes...); 2. ca 1100 «représenter, figurer par des lignes et de la couleur» (Roland, 2594: Fait sei porter en sa cambre voltice; Plusurs culurs i ad peinz e escrites; v. note t.2, p.227); 1155 (WACE, Brut, éd. I. Arnold, 9295: Dedenz l'escu fu par maistrie De ma dame sainte Marie Purtraite e peinte la semblance); ca 1160 (Eneas, 7976 ds T.-L.: Guarde el tenple comfaitement Amors i est peinz folement E tient deus darz en sa main destre Et une boiste en la senestre); 1225-30 empl. abs. savoir poindre (GUILLAUME DE LORRIS, Rose, éd. F. Lecoy, 163) - Fig. a) ca 1165 (BENOÎT DE STE-MAURE, op.cit., 18082, ibid.: vostre semblance delite Qu'en mon cuer port peinte e escrite); b) av. 1526 achever de peindre (quelqu'un) «rendre complet son malheur, sa ruine» (J. MAROT ds OEuvres de Cl. et de J. Marot, éd. La Haye, 1731, t.5, p.232); c) 1669-84 réfl. «(d'une chose) se manifester, être patent» (LA FAYETTE, Hist. Hte d'Angl. ds LITTRÉ: La mort se peignait sur son visage); 3. «modifier, rehausser l'aspect du visage par l'emploi de couleurs, de fards» a) av. 1544 peindre sa barbe (Cl. MAROT, Epigramme A. G. Bruslard ds OEuvres, éd. C.A. Mayer, t.5, p.243); b) 1588 «farder (son visage)» (MONTAIGNE, Essais, II, XII, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p.485). B. Ca 1160 «représenter à l'esprit par une description» peindre el parchemin (Eneas, 8787 ds T.-L.), cf. 1545 (HABERT, Deplor. de Duprat, p.20 ds HUG.: Mettez ses maulx enormes [de la Mort] en lumiere... Paindez au vif ses efforts inhumains). Du lat. pingere «couvrir de couleur, teindre, enluminer; orner, décorer; représenter par le pinceau; figurer, dépeindre par la parole». Fréq. abs. littér.:3561. Fréq. rel. littér.:XIXes.: a) 7978, b) 4310; XXes.: a) 4184, b) 3505. Bbg. DUCH. Beauté. 1960, p.89, 177.

peindre [pɛ̃dʀ] v. tr.
CONJUG. je peins, il peint, nous peignons; je peignais, nous peignions; je peignis, nous peignîmes; je peindrai; je peindrais; que je peigne; que je peignisse (inus.); peignant; peint, peinte.
ÉTYM. 1080, Chanson de Roland; du lat. pingere, même sens.
———
I
1 Enduire de couleurs; couvrir, colorer avec de la peinture. Peinture (IV.). || Peindre la porte, les volets d'une maison. || Peindre un mur à la peinture ( Peinturer), au badigeon ( Badigeonner), au ripolin ( Ripoliner), à la laque ( Laquer). || Peindre qqch. en donnant l'aspect du granit ( Graniter), du bronze ( Bronzer), du bois. || Peindre du bois en noir, en bleu…, peindre qqch. de plusieurs couleurs. Barioler, peinturlurer. || Peindre une façade à neuf (2. Neuf, cit. 22). Repeindre. || Faire peindre son appartement ( Peintre [en bâtiment]); sa voiture, son bateau… || Les couleurs inaltérables (cit. 2) dont on avait peint ces idoles.
1 Pour se distraire, il s'employa chez lui comme homme de peine, et même il essaya de peindre le grenier avec un reste de couleur que les peintres avaient laissé.
Flaubert, Mme Bovary, II, III.
1.1 Au Mecklembourg, au lieu de peindre comme ici les façades des maisons, ils peignent de blanc les rochers, les bornes et jusqu'aux grosses pierres. Quand vous rencontrez une pierre grise, c'est qu'elle n'est sortie du sol mecklembourgeois que de la veille.
J. Giraudoux, Siegfried et le Limousin, p. 75.
Absolt. || Peindre au rouleau, au pistolet, à la bombe ( 2. Bomber).
2 Décorer, orner (un bâtiment, un objet) par une peinture. || Michel-Ange peignit la chapelle Sixtine (→ Durer, cit. 10). || Peindre des stores, des dessus de porte (→ Peintre, cit. 1).
2 (…) pourquoi s'irriter de penser que les grands Italiens peignaient des coffres de mariage (…)
Malraux, les Voix du silence, p. 599.
3 (Vieilli ou péj.). Farder, maquiller. || « Cet éclat (cit. 28) emprunté / Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage… » (Racine). || La coutume de ces femmes est de peindre leurs épaules (→ Avec, cit. 28).Se peindre les paupières (→ Occupation, cit. 4), les ongles ( Vernir), les lèvres.
———
II
1 Figurer au moyen de peinture, de couleurs. || Peindre un numéro, une flèche… sur une plaque, les lettres d'une enseigne de magasin. || Peindre des armoiries. Armorier, blasonner.Absolt. || Peindre sur porcelaine, sur soie, sur bois.
3 Et les marins naïfs peignent son caducée
Sur leur peau rousse et crevassée.
Verhaeren, les Villes tentaculaires, Le port.
2 Représenter, reproduire par la peinture (II.). → Fixer sur la toile. || Peindre qqn. Figurer, portraiturer. || Peindre un personnage au naturel, en cavalier, en héros (cit. 19)… || Le Titien a peint sa mère (→ Galerie, cit. 6). || Peindre qqch. || Peindre des paysages (→ Habileté, cit. 3), des scènes populaires (→ Bambochade, cit.), une bataille (→ Épisode, cit. 6). || Peindre ce qu'on voit (→ Naïf, cit. 5), comme on le voit (→ Impressionniste, cit. 1). || Peindre qqch. sur le vif (→ 1. Croquer, B., 1., a).
4 (…) comme ces femmes qui veulent, en se faisant peindre, des portraits qui ne sont point elles (…)
Molière, le Sicilien, 11.
5 Un souvenir me revient, vers 1807 je me fis peindre, pour engager Mme Alexandrine Petit à se faire peindre aussi, et, comme le nombre des séances était une objection, je la conduisis chez un peintre vis-à-vis la Fontaine du Diorama qui peignait à l'huile en une séance, pour 120 francs.
Stendhal, Vie de Henry Brulard, 3.
6 Pendant que ceux-ci croient représenter la nature et que ceux-là veulent peindre leur âme, d'autres se conforment à des règles de pure convention (…) imposées par la routine d'un atelier célèbre.
Baudelaire, Curiosités esthétiques, Salon 1859, IV.
7 Vous peignez une coupe de fruits. Le dessin est large et bon. La couleur est délicieuse. La pâte est riche.
G. Duhamel, l'Archange de l'aventure, IV.
8 Lorsque la décoration du Panthéon fut entreprise, l'État appela quelques hommes de talent et nombre de médiocres; mais Renoir, Cézanne, eussent-ils accepté d'y participer ? La peinture, dit-on, avait rompu avec l'architecture (…) ? Ce n'est pas ce mur magnifique, que Renoir ne pouvait pas couvrir : c'est le Couronnement de Charlemagne, qu'il ne pouvait pas, ne voulait pas peindre.
Malraux, les Voix du silence, p. 596.
Loc. fig. et vx. Une fille faite à peindre, très jolie, à croquer (→ 1. Bien, cit. 4). — ☑ Être à peindre, dans une attitude, un costume ridicule ou amusant.
Absolt. Faire de la peinture (II.). || Peindre au pinceau, à la brosse ( Brosser) : mettre la couleur. || Peindre à larges touches. || Peindre à la gouache, en pleine pâte (→ Enluminure, cit. 3). || Peindre à l'huile, à l'eau, à l'aquarelle. || Peindre à fresque. || Peindre d'après nature, d'après un modèle naturel. || Peindre en atelier, en plein air. || Manière de peindre (→ Blanchâtre, cit. 1; excentrique, cit. 3). || Peindre grossièrement. Barbouiller. || Il ne sait pas peindre (→ Finir, cit. 2).Allus. littér. || « … nous aurions le dessus (cit. 19), / Si mes confrères savaient peindre » (La Fontaine).
9 L'art de peindre n'est que l'art d'exprimer l'invisible par le visible; petites ou grandes, ses voies sont semées de problèmes (…) qu'il est bon de laisser dans leur nuit comme des mystères.
E. Fromentin, les Maîtres d'autrefois, Préambule.
10 (…) il peint (…) d'une façon large, par méplats, dans le sens des formes, avec des accents, des touches, des empâtements même, comme si ses figures étaient de grandeur naturelle.
Th. Gautier, Souvenirs de théâtre…, Meissonier.
11 (…) il possédait des talents, il peignait à l'aquarelle, savait lire la clef de sol (…)
Flaubert, Mme Bovary, II, III.
12 Peindre, c'est user d'un sens spécial, d'un sens donné pour constituer une belle substance. C'est, ainsi que la nature, créer du diamant, de l'or, du saphir, de l'agate, du métal précieux, de la soie, de la chair; c'est un don de sensualité délicieuse qui peut, avec un peu de matière liquide la plus simple, reconstituer ou amplifier la vie, ou empreindre une surface d'où émergera une présence humaine, l'irradiation suprême de l'esprit. C'est un don de sensualité native, on ne l'acquiert pas.
Odilon Redon, Journal in Mercure de France, Revue de la quinzaine, 15 nov. 1922.
13 (…) Cyprien tira du placard une belle toile toute neuve. Il saisit la palette, la garnit largement de couleurs et commença de mêler les tons. Puis sans même esquisser quoi que ce soit au fusain, il commença de peindre.
G. Duhamel, l'Archange de l'aventure, IV.
13.1 Le sens intime ne peut venir que de la manière de peindre, et non de ce que représente le tableau.
Cocteau, Journal d'un inconnu, p. 175.
3 a Exécuter au moyen de peinture, de couleurs. || Peindre des décors, des faux-bois, des trompe-l'œil, une ornementation (cit.) de feuillages.
b Faire (une peinture, III.). || Peindre un tableau (→ Fermer, cit. 39), une toile, une fresque. || Peindre une nature morte, un portrait, une composition abstraite…
14 On voudrait lui faire dire comment il justifie théoriquement les toutes dernières toiles qu'il vient de peindre.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, XXII, p. 248.
———
III (1500, fig. du II.). Représenter par le discours en s'adressant plus spécialement à l'imagination. Dépeindre, montrer, représenter (cf. Faire une peinture, brosser un tableau, fig.).REM. Dans cet emploi, peindre est souvent métaphorique, mais il peut aussi avoir un sens affaibli et plus abstrait. Conter, décrire, raconter.Peindre la mort de qqn avec des couleurs ineffaçables (cit. 3). || Peindre une personne (d'une certaine manière). → Agrandir, cit. 4; baigner, cit. 10. || On nous le peignit des plus noires couleurs (Académie). || Peindre qqn sous des couleurs, des traits, l'aspect de… (emploi critiqué). Sous (→ ci-dessous cit. 19, 22 et 29). || Peindre la société (→ Demi-monde, cit. 1; ensemble, cit. 15), les hommes (→ Culte, cit. 9). || « Corneille peint les hommes comme ils devraient être » (→ Assujettir, cit. 12, La Bruyère). || Molière s'est appliqué (cit. 25) à peindre les défauts des hommes. || Il faut sentir la passion pour la bien peindre (→ Orateur, cit. 1). Absolt. || Pascal suggère plus qu'il ne peint (→ Développer, cit. 11).
15 Vous qui me l'avez peint de si noires couleurs !
Voltaire, Mérope, II, 1.
16 Nous sommes persuadés que les grands écrivains ont mis leur histoire dans leurs ouvrages. On ne peint bien que son propre cœur, en l'attribuant à un autre (…)
Chateaubriand, le Génie du christianisme, II, I, III.
17 L'on aurait pu se servir avec plus d'art des couleurs de l'Orient pour peindre la Syrie, et caractériser, d'une manière forte, l'état du genre humain sous l'empire de Rome. Il y a trop de discours, et des discours trop longs, dans la Messiade (…)
Mme de Staël, De l'Allemagne, II, XII.
18 Tu peindras le vin, l'amour, les femmes, la gloire, à condition, mon bonhomme, que tu ne seras ni ivrogne, ni amant, ni mari, ni tourlourou.
Flaubert, Correspondance, 274, 15 déc. 1850.
19 On dirait que M. Sainte-Beuve a voulu venger M. Baudelaire des gens qui le peignent sous les traits d'un loup-garou mal famé et mal peigné (…)
Baudelaire, l'Art romantique, XXIV.
20 Bien définir, c'est voir exactement, sans confusion, ce qu'on regarde avec ce qui est à cô; bien peindre, c'est trouver les mots qui exprimeront l'objet vu avec tout son relief et sa couleur.
Émile Faguet, Études littéraires, XVIIe s., La Bruyère, p. 489.
21 (…) les mots qu'il trouvait pour peindre son inquiétude lui remuaient le cœur.
Martin du Gard, les Thibault, t. I, p. 34.
22 (…) sous les traits d'un personnage subalterne, un être de qualité rare est peint (…)
Émile Henriot, Portraits de femmes, p. 132.
(Avec un attribut). || On nous l'a peint comme un malhonnête homme (→ Cabrer, cit. 16).(Vx ou littér.). || « Je le peins dévot… et déjà il est libertin » (→ Inquiet, cit. 2). || « Peignez donc, j'y consens, les héros amoureux » (Boileau, → Doucereux, cit. 4). || Il peignit l'enfer le plus effroyable qu'il put (→ Gagner, cit. 28).
23 Je les peignis puissants, riches, séditieux (…)
Racine, Esther, II, 1.
Par ext. (En parlant de moyens d'expression autres que le discours). || Wagner excelle à peindre l'espace (→ Musicien, cit. 5).
(Sujet n. de chose). Exprimer, traduire. || Épithète qui peint bien une chose. || Son style peint son caractère (→ Coloris, cit. 4). Dessiner. || Ce trait le peint tout entier (→ Observer, cit. 8).Par ext. || La musique ne peut tout peindre. Exprimer (→ 1. Bien, cit. 105).
24 (…) j'écoutais avec plaisir mille chimères ridicules qui vous peignaient innocent à mon cœur.
Molière, Dom Juan, I, 3.
25 Je n'appelle passion que celle éprouvée par de longs malheurs, et de ces malheurs que les romans se gardent bien de peindre, et d'ailleurs qu'ils ne peuvent pas peindre.
Stendhal, De l'amour, Fragm. div., 37.
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se peindre v. pron.
1 Vx ou par plais. Se farder.
26 La suppression du rose, que je n'avais jamais soupçonné artificiel, de ses lèvres et de ses joues donnait à la figure l'apparence grisâtre et aussi la précision sculpturale de la pierre. Il avait perdu non seulement le courage de se peindre, mais de sourire (…)
Proust, le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 934.
2 Faire son propre portrait, son autoportrait. || Rembrandt s'est peint à des âges divers.
Fig. Se représenter par le discours (→ Entier, cit. 13). || Auteur qui se peint dans une œuvre (→ Autobiographie).
27 Me peignant pour autrui, je me suis peint en moi de couleurs plus nettes que n'étaient les miennes premières. Je n'ai pas plus fait mon livre que mon livre m'a fait, livre consubstantiel à son auteur (…)
Montaigne, Essais, II, XVIII.
28 Parler de ceux qui ont traité de la connaissance de soi-même (…) de la confusion de Montaigne (…) Le sot projet qu'il a de se peindre !
Pascal, Pensées, II, 62.
3 (Sujet n. de chose). Revêtir une forme sensible (pour l'œil, l'imagination). Apparaître. || Miroir où les objets se peignent un instant (→ Insouciance, cit. 3). || L'idée (cit. 4) est une image qui se peint dans le cerveau (Voltaire).
29 La pauvreté de cette petite maison, où l'on devrait vivre avec cinquante louis de rente, se peignait à elle sous des couleurs ravissantes.
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, VIII.
(1689). Se manifester à la vue (en parlant des émotions, des sentiments). || Des yeux où se peint un effarement (cit. 2) comique.(Au p. p.). || « Un mortel (cit. 8) désespoir sur son visage est peint » (Racine).
30 (…) son amie vit les sentiments les plus actifs, l'exaltation la plus dangereuse, se peindre sur le visage de madame d'Aiglemont qui rougissait et pâlissait tour à tour.
Balzac, la Femme de trente ans, Pl., t. II, p. 730.
31 La consternation se peint sur les figures (…)
Loti, Mme Chrysanthème, IV.
——————
peint, peinte p. p. adj.
1 Couvert, enduit de peinture, de couleur. || Salle peinte (→ Détacher, cit. 25), baraque fraîche (1. Frais, cit. 15) peinte.Peint en, de (+ n. de couleur). || Grille peinte en vert; voiture peinte en rouge (→ Flambant, cit. 14). || Vaisseau peint de pourpre et d'azur (→ Frissonnant, cit. 3). || Bois sculpté et peint (→ 1. Joint, cit. 1; logette, cit. 2). || Statue peinte, bas-reliefs (cit. 3) peints. || Faïence peinte.Papier peint.
32 Les maisons, dans plusieurs villes, sont peintes, en dehors, de diverses couleurs : on y voit des figures de saints, des ornements de tout genre (…)
Mme de Staël, De l'Allemagne, I, I.
33 Presque toutes les statues de l'Orient étaient peintes (…) Peintes les statues romanes, peintes la plupart des statues gothiques (et d'abord, celles de bois).
Malraux, les Voix du silence, p. 45.
2 (Vieilli ou péj.). Couvert de fard (cit. 3); très, trop fardé. || Jeunes filles peintes et poudrées (→ Mastodonte, cit. 2). || Lèvres (cit. 7) peintes. || Sourcils peints (→ Fatal, cit. 9).Mod. || Ongles peints. || Femme aux ongles peints, aux ongles vernis, laqués.
34 Le comte Muffat se sentait plus troublé encore, séduit par la perversion des poudres et des fards, pris du désir déréglé de cette jeunesse peinte, la bouche trop rouge dans la face trop blanche, les yeux agrandis, cerclés de noir, brûlants, et comme meurtris d'amour.
Zola, Nana, V.
35 Il avait attendu une très jeune femme, très peinte.
Aragon, les Beaux Quartiers, II, VIII.
3 Représenté au moyen de peinture, de la peinture. || Figure parfaitement peinte (→ 1. Faux, cit. 39).
36 Si j'avais le choix cependant entre la plus belle des créatures vivantes et la femme peinte du Titien que huit jours plus tard je revoyais dans la salle de la tribune à Florence, je prendrais la femme peinte du Titien.
Maupassant, la Vie errante, La côte italienne.
4 Exécuté avec de la peinture. || Un ornement peint en grisaille (cit. 3). || Décors peints. || Toile peinte vers 1650. || Fresques peintes par les élèves (cit. 1) de l'Angelico.
COMP. Dépeindre, repeindre.
HOM. Formes du v. peigner. — (Du p. p.) Pain, pin, (et du fém.) pinte.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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